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Manuelle Alix-Surprenant

Maîtrise en anthropologie (2018) 

Crédit photo : Hydro-Québec
Manuelle Alix-Surprenant

Pour une société plus inclusive

Manuelle Alix-Surprenant est la première Cheffe – Équité, diversité et inclusion chez Hydro-Québec, un poste qui semble taillé sur mesure pour celle qui détient une maîtrise en anthropologie de la Faculté des arts et des sciences de l’Université de Montréal et qui depuis toujours, contribue à faire évoluer la société.

« Mon mandat consiste à accroître la diversité dans les équipes, mais aussi à favoriser un climat de travail inclusif, explique-t-elle. C’est un mouvement qui traverse toute la société depuis quelques années, depuis la mort tragique de George Floyd et celle de Joyce Echaquan notamment, et qu’une entreprise comme Hydro-Québec fasse de l’équité, de la diversité et de l’inclusion un de ses chevaux de bataille, c’est très important. En tant que société d’État qui emploie près de 22 000 personnes sur le territoire du Québec, nous nous devons d’être exemplaires. »

Prendre conscience de nos biais

Depuis son entrée en poste en septembre 2021, Manuelle Alix-Surprenant, avec son équipe dédiée à l’EDI, observe les pratiques de l’entreprise, depuis l’attraction des candidats jusqu’au départ des employés en passant par le recrutement, la mobilité, les promotions, l’expérience employé ou encore les relations de travail. Son objectif est d’identifier des solutions pour réduire les moments et les raisons pourquoi les groupes sous-représentés dans la société peuvent être défavorisés en situation d’emploi. Elle analyse également les biais qui font en sorte que ces derniers pourraient ne pas être traités de manière équitable.

« Nous avons tous des biais, même moi », affirme celle qui appartient visiblement à ces minorités. Elle fait en effet partie de la première génération de personnes adoptées, en provenance de Corée du Sud. « L’important, c’est d’en prendre conscience afin de les atténuer dans un premier temps et, à terme, de les éliminer. Ça passe principalement par la sensibilisation de tout le personnel, parce que les questions de diversité et d’inclusion ne concernent pas seulement les personnes issues des groupes sous-représentés. C’est l’affaire de tout le monde, y compris celle des alliés de la majorité et en premier lieu, celle des gestionnaires. »

Elle donne l’exemple d’une femme qui viendrait d’avoir un enfant et pour qui on déciderait de ne pas lui proposer une promotion en prenant pour acquis qu’elle pourrait être trop fatiguée ou pas assez impliquée, alors que c’est à elle de prendre cette décision. Elle soulève aussi l’exemple de quelqu’un qui aurait un nom à consonnance étrangère et dont le gestionnaire mettrait le CV de côté, parce qu’il considèrerait d’emblée que ce sera plus simple de travailler avec quelqu’un qui, a priori, lui ressemble plus. Elle précise que les gens ont rarement de mauvaises intentions et que c’est plutôt parce qu’ils ne savent pas toujours comment s’y prendre pour assurer des pratiques équitables.

« Au-delà des considérations de représentation sociale, on sait aujourd’hui que les équipes diversifiées sont plus performantes, souligne Mme Alix-Surprenant. Elles sont plus agiles, capables de mieux identifier les angles morts et de prendre des décisions d’affaires qui tiennent compte de réalités plus variées. »

Donner la parole aux personnes adoptées

Manuelle Alix-Surprenant ne se définit pas comme une militante. Elle accompagne le système, de l’intérieur. Au-delà de sa vie professionnelle, elle s’investit depuis de nombreuses années dans divers organismes et a même cofondé L’Hybridé, une OBNL dont la mission est de rassembler les personnes, qui, tout comme elle, sont issues de l’adoption internationale.

Souhaitant donner la parole aux personnes adoptées, elle a codirigé La Couleur de l’adoption, un recueil de témoignages de personnes adoptées. « On entend souvent le point de vue des parents adoptants, souligne-t-elle, rarement celui des personnes elles-mêmes adoptées. Aujourd’hui, les adoptés ont grandi et ont leur histoire à raconter. Ces propres histoires, qui sont valides et qu’il faut écouter. »

Après huit ans passés dans le monde du travail, Manuelle Alix-Surprenant est retournée aux études en 2014 afin d’obtenir sa maîtrise en anthropologie à l’Université de Montréal, sous la houlette du professeur Pierre Minn.

« J’y ai découvert un milieu stimulant, des collègues étudiants allumés. Ça m’a rassurée pour l’avenir, le Québec possède un bassin de talents incroyable, note-t-elle. Mon terrain ethnographique, à Haïti, m’a permis de réfléchir à une question qui me touche particulièrement. J’ai travaillé sur la réalité des enfants séparés de leurs familles biologiques, mais qui n’ont pas coupé complétement le lien avec elles. Cela m’a vraiment confirmé que l’adoption, qui plus est internationale, n’est pas toujours la solution. »

Quand elle repense à ces années sur le campus, elle s’enthousiasme à l’idée d’avoir pu s’accorder ce moment de réflexion et c’est d’ailleurs ce qu’elle conseille à tous les étudiants. « Profitez de cette période pour étendre votre regard critique sur la société. Trouvez ce qui vous fait vibrer et impliquez-vous! » Manuelle Alix-Surprenant nous rappelle l’importance de sortir de notre zone de confort pour s’ouvrir à l’autre.