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Sophie Deraspe

Baccalauréat par cumul en cinéma et en études françaises (1998) 

Crédit photo : PJ Dufort
Sophie Deraspe

Sophie Deraspe trace son chemin

Bachelière 1998 en études cinématographiques à l’Université de Montréal, Sophie Deraspe est considérée comme l’une des principales figures du nouveau cinéma québécois. Fait rarissime pour les moins de 50 ans, le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) lui a décerné l’an dernier le titre de Compagne des arts et des lettres du Québec. Rencontre avec une cinéaste qui aime confronter le réel et la fiction.

Nous lui parlons entre deux séances de post-production. Après le succès de Bête noire, Sophie Deraspe travaille sur une nouvelle série télévisée en six épisodes, Motel Paradis, qui mettra en vedette Nahéma Ricci, et qui sera diffusée un peu plus tard cette année.

« Mon héroïne ressort d’une expérience de mort imminente en étant persuadée que sa sœur, disparue trois ans plus tôt, ne s’est pas suicidée. Il va donc y avoir quelque chose à élucider », raconte celle qui a fait un virage vers la télévision durant la pandémie, pour rejoindre le public, mais aussi parce qu’elle y trouve un moyen d’approfondir dans la durée ses histoires et ses personnages.

« Le format 6 heures permet de faire vivre plus de personnages, et donc d’offrir des expériences et des émotions plus complexes au public, constate-t-elle. Les gens passent un moment en dehors de leur vie. Nous leur dévoilons des situations qui ne sont pas forcément les leurs. Nous allons chercher leur empathie, dans le sens où ils vont se mettre dans la peau des personnages. Bien sûr, c’est du divertissement, mais avec la possibilité de poser un regard nouveau sur le monde, qu’il soit très proche et intime, ou qu’il soit marginal et exotique. »

Trouver sa voie

Car voilà bien ce qui intéresse Sophie Deraspe dans son travail : divertir oui, mais aussi « explorer un mystère, celui des motivations humaines et de ses multiples expressions ». Cinéaste, directrice de la photographie, scénariste, réalisatrice et productrice, son art questionne sans cesse les limites, en particulier celles de la représentation du réel et de la fiction.

« J’ai été assez tôt touchée par l’art, confie-t-elle. La musique, la photo, les arts visuels, la littérature, mais aussi les sciences sociales et humaines. J’avais tellement de champs d’intérêt que j’ai pas mal erré avant de trouver ma voie. »

Après des études en arts visuels en Autriche, elle opte pour la philosophie, puis les langues et finalement la littérature française à l’Université de Montréal. C’est en suivant un ami, pour un cours complémentaire en études cinématographiques, que le déclic a lieu.

« Je me suis rendu compte que je pouvais faire entrer tout ce que j’aimais dans ce médium, raconte-t-elle. Ce premier cours, que j’ai adoré, était très théorique. Il était donné par Germain Lacasse, si mes souvenirs sont bons. On y étudiait le langage du cinéma, qui ouvrait pour moi tant de possibles. La session suivante, je me suis inscrite en études cinématographiques. »

De belles reconnaissances

Sophie Deraspe obtient son baccalauréat en 1998 après trois années durant lesquelles elle a tout aimé. Tant les cours théoriques que la production, l’aspect terrain, le fait de « faire ». Elle passe également sa vie à la médiathèque et découvre le cinéma d’ailleurs et celui d’autres époques.

La suite fait partie de la culture québécoise. Après plusieurs incursions dans le documentaire, elle réalise un premier long-métrage de fiction, Rechercher Victor Pellerin en 2006, puis un deuxième en 2009, Les signes vitaux, qui depuis sa première internationale à Rotterdam, a été primé 14 fois dans une trentaine de festivals internationaux. En 2015, elle ouvre Les Rendez-vous du cinéma québécois avec Les Loups et lance son documentaire Le Profil Amina, au festival de Sundance. Et puis, c’est Antigone en 2019. Projeté en première mondiale au TIFF (Toronto International Film Festival), le film obtient le prix du Meilleur long-métrage canadien. Il est ensuite retenu par le Canada pour représenter le pays dans la course aux Oscar dans la catégorie Meilleur film international.

« Il y a une forme de grâce autour de ce film, dit-elle. Autant dans le faire que dans sa réception. Écrire et réaliser un film, c’est énormément de travail. On vit dans le doute, tout en devant avancer, persévérer, rassembler. Quand, finalement, la réception est celle que nous avons eue pour Antigone, on se dit que tout ce travail en a valu la peine. »

Et lorsque l’on devient Compagne des arts et des lettres aussi. Sophie Deraspe ne boude pas son plaisir de porter un si joli titre. « Je m’imagine bien marcher longtemps, encore, en compagnie de l’art. »

« Le CALQ, ce n’est pas seulement la réception positive à un film, souligne-t-elle. On vient me dire que j’apporte un jalon dans l’histoire de la culture québécoise. Je suis mon instinct, ma vocation, et c’est un message que je pourrais faire passer aux étudiants. Être cinéaste est un métier qui s’apparente davantage à un chemin d’explorateur, jalonné d’intempéries et de découvertes magiques. Si on sait qu’on a la curiosité et la force face au mystère, on ne peut que suivre son chemin, garder son cap. Et un titre comme celui-là, c’est comme une petite étoile sur le parcours. »