Insignes du mérite – 2012

En décernant l'Insigne du mérite, la Faculté des arts et des sciences veut souligner l'œuvre exceptionnelle de personnalités qui se sont brillamment illustrées au cours de leur carrière, à l'occasion d'un projet exceptionnel ou par leur contribution à la société. Cette distinction est également accordée à des personnes qui ont apporté, à quelque titre que ce soit, une contribution importante au développement de la Faculté des arts et des sciences.

Gilles Julien

Texte hommage prononcé par Gérard Boismenu, doyen de la Faculté des arts et des sciences, lors de la cérémonie du 19 novembre 2012.

 

Nous avons l’honneur de décerner ce soir cette distinction au docteur Gilles Julien.

Le docteur Julien obtient son diplôme de pédiatrie en 1974. Après quelques années de pratique médicale dans la région de Lévis, il quitte pour les Comores, où il agit en collaboration avec l’UNICEF. À son retour parmi nous, soit en 1982, il décide de s’orienter vers le Grand Nord : il est responsable médical du secteur de la Santé des Inuits du Nord québécois au CHUL de 1983 à 1990. Puis, il s’installe à Montréal et se consacre à la santé communautaire. Il collabore avec le CHU Sainte-Justine, et avec les CLSC Côte-des-Neiges et d'Hochelaga-Maisonneuve.

Convaincu que les institutions établies de santé publique sont peu perméables aux nouvelles pratiques de santé globale, Gilles Julien ouvre le 1er centre de pédiatrie sociale au Québec en 1997. Huit ans plus tard, il crée la Fondation pour la promotion de la pédiatrie sociale, qui sera un soutien aux initiatives qui s’inspirent de cette approche. Le mouvement est lancé : aujourd’hui, on compte 12 centres semblables. Malgré les difficultés, le financement se stabilise et l’approche devient un réel objet d’intérêt pour les pouvoirs publics.

Gilles Julien s’est fait connaître par sa démarche innovante dans la conception des soins et de l’aide à apporter aux enfants; il donne sa pleine mesure à la pédiatrie sociale, dont il a tracé les principes et la méthode.

Partant du postulat que « ça prend un village pour s’occuper d’un enfant », les soins à apporter aux enfants ne sauraient se réduire à une prestation médicale qui agit sur les symptômes de malaises ou de difficultés. On ne saurait donc se limiter aux seuls problèmes de santé, encore faut-il prendre à bras le corps la mission sociale de l’intervention auprès des enfants en difficulté.

Cette approche novatrice permet de mobiliser une série d’intervenants qui sont porteurs de compétences complémentaires, soit des médecins, des travailleurs sociaux, des avocats, des ergothérapeutes, des neuropsychologues, des psychoéducateurs, etc. Partant de là, les spécialistes de l’intervention sociale doivent repenser leur pratique dans la mesure où ils s’inscrivent dans un processus qui vise également à reconstituer le « village », en mobilisant les parents, la famille, le voisinage ou toute autre personne utile, afin d’interpeller la société pouvant contribuer au mieux-être des enfants.

L’art de la pédiatrie sociale est fondé sur « l’art de l’écoute, de l’échange humain et de la consolation » (Dr Julien à hauteur d’enfant, 2012, p. 105).

Le parcours professionnel impressionnant de Gilles Julien est nourri de convictions fortes qui militent pour une compréhension globale des problèmes et des solutions. La mise en place d’équipes et d’intervenants multidisciplinaires coule de source : on s’intéresse aux personnes, on fait face à des problèmes sociaux aux multiples facettes, on doit mobiliser toutes les ressources pertinentes.

Il s’agit d’un plaidoyer en acte pour la mise en cohérence de diverses compétences qui, trop souvent, dialoguent peu.

Transgresser les frontières, aller au-delà des certitudes, porter un jugement critique sur les pratiques et les institutions dans les interventions sociales auprès des populations sont autant d’attitudes qui devraient nous inspirer.

On disait de Gilles Julien, jeune homme plein d’avenir, qu’il était le grain de sable dans l’engrenage de l’État en matière de santé. Ce grain de sable a posé sa pierre à l‘édifice social dans l’intérêt général. C’est ce que nous voulons honorer, nous, qui formons les compétences de demain en intervention sociale.

Docteur Julien, au nom de la Faculté des arts et des sciences, nous sommes heureux de vous remettre cette distinction et vous disons merci pour votre action. Vous êtes un modèle pour un grand nombre.

Stéphane Udry

Texte hommage prononcé par Gérard Boismenu, doyen de la Faculté des arts et des sciences, lors de la cérémonie du 23 novembre 2012.

Nous avons l’honneur de décerner ce soir cette distinction au professeur Stéphane Udry, directeur du Département d’astronomie de l’Université de Genève.

Le travail de Stéphane Udry est consacré à la recherche de planètes hors de notre système solaire – les exoplanètes – et à la recherche de vie ailleurs dans l’univers – l’exobiologie. Il est reconnu pour son engagement, ses recherches et… ses découvertes.

Lecteur assidu de science-fiction au cours de son enfance, attiré par la beauté du ciel nocturne dans son Valais natal, Stéphane Udry a d’abord hésité entre la physique et les mathématiques. Il est séduit par l’astrophysique et la possibilité de trouver des traces de vie ailleurs dans l’univers. Monsieur Udry s’explique : « si la physique est la même partout dans l’univers, on a tout ce qu’il faut pour fabriquer cette vie. Pourquoi serions-nous le seul endroit où elle s’est développée ? » (entrevue à Swissinfo). C’est d’ailleurs ce qu’il réussira à prouver…

Son diplôme de doctorat de l’Université de Genève en poche, Stéphane Udry se rend en 1992 à l’Université Rutgers (New Jersey) pour effectuer un stage postdoctoral de 2 ans. De retour, il est recruté à l’Université de Genève en 1994 et se joint à l’équipe des « chasseurs de planètes » du professeur Michel Mayor. C’est cette équipe qui découvre la toute première exoplanète du nom de 51 Pegasi B.

L’existence de cette célèbre planète, qui n’a pas d’équivalent dans notre système solaire,  provoque une révision complète des modèles de formation des planètes dans le domaine. L’exobiologie devient dès lors une priorité en recherche et une passion pour Stéphane Udry.

Sur cette lancée, il participe à la découverte de nombreuses exoplanètes. Avec son équipe, il est l’auteur d’une percée majeure en 2007, lorsqu’il dévoile l’existence d’une planète dans une zone de l’étoile Glisseu 581 où les conditions essentielles à la vie sont réunies : l’eau y existe sous forme liquide! C’est un exploit : cette planète était à ce moment la candidate la plus sérieuse à l’existence de la vie.

Pour réaliser ces découvertes, le professeur Udry conçoit et fabrique des instruments de très haute précision et d’une grande sensibilité, installés dans plusieurs grands télescopes, dont le télescope Euler de l’observatoire de La Silla au Chili. À Euler s’ajoute aussi CORALIE, sœur cadette de la célèbre ELODIE, qui a permis de détecter la première exoplanète.

Le développement de CORALIE a ouvert la voie à la construction d’instruments encore plus performants, comme le spectrographe sous vide HARPS utilisé aujourd’hui, pour la découverte de planètes de type terrestre.

L’équipe de Stéphane Udry s’est également distinguée au sein de la mission Corot et du télescope spatial Hubble en caractérisant l’atmosphère de certaines planètes extrasolaires. Elle est également engagée dans les grands programmes de recherche de planètes par imagerie directe ou encore par Interférométrie, en utilisant plusieurs télescopes en simultané.

Sur plus de 500 exoplanètes connues à ce jour, près du tiers a été découvert par l’équipe de Genève. Cette équipe peut se targuer de plusieurs « premières mondiales », comme la découverte de plusieurs planètes de type super-terres, qui n’ont pas d’équivalent dans le système solaire, la découverte de la 1re planète rocheuse extrasolaire de l’histoire (Corot-7b), et enfin la découverte d’un nombre important de planètes effectuant des orbites inversées.

Ces recherches renouvellent formidablement les connaissances en astrophysique. On peut mieux comprendre où, mais aussi qui nous sommes.

M. Udry entretient d’étroites relations avec des collègues astrophysiciens de notre département de physique. Ces collaborations nourrissent les relations privilégiées que l’Université de Genève, l’Université libre de Bruxelles et l’Université de Montréal se sont récemment engagées à approfondir.

C’est avec fierté que nous témoignons notre haute considération à M. Stéphane Udry pour son parcours remarquable et sa riche collaboration avec notre Faculté.

Hommage rendu lors de la collation des grades de 1er cycle de la Faculté des arts et des sciences – cérémonie du 23 novembre 2012.