Insignes du mérite – 2013

En décernant l'Insigne du mérite, la Faculté des arts et des sciences veut souligner l'œuvre exceptionnelle de personnalités qui se sont brillamment illustrées au cours de leur carrière, à l'occasion d'un projet exceptionnel ou par leur contribution à la société. Cette distinction est également accordée à des personnes qui ont apporté, à quelque titre que ce soit, une contribution importante au développement de la Faculté des arts et des sciences.

Laure Waridel

Sociologue, écologiste, auteure, chroniqueuse, cofondatrice d’Équiterre et leader influente

Laure Waridel
Texte hommage prononcé par M. Gérard Boismenu, doyen de la Faculté des arts et des sciences, lors de la cérémonie du 30 octobre 2013.

En décernant l’Insigne du mérite, la Faculté des arts et des sciences veut souligner l’œuvre exceptionnelle de personnalités qui se sont illustrées par leur parcours professionnel et par leur contribution à notre société.

Cette distinction est également accordée à des personnes qui ont apporté, à quelque titre que ce soit, une contribution importante au développement de la Faculté des arts et des sciences.

Nous avons aujourd’hui l’honneur de décerner cette distinction à Mme Laure Waridel, sociologue, écologiste, auteure, chroniqueuse et co-fondatrice d’Équiterre.

Pionnière du commerce équitable et de la consommation responsable, Laure Waridel est née en Suisse, dans un village du canton de Vaud, en 1973. À l’âge de deux ans, elle s’installe au Québec avec sa famille qui y exploite une ferme laitière. Elle a ainsi grandi au pied du mont Saint-Grégoire, les mains dans la terre, en regardant croître ses légumes — bios, il va sans dire.

Déjà pendant ses années d’étude, Laure Waridel est un modèle d’engagement. Elle cherche d’emblée à avoir un impact dans le monde, tant par ses mots que par ses gestes.

Ainsi, pendant ses études collégiales au cégep Lionel-Groulx, elle participe à  des stages dans des pays en voie de développement, notamment au Burkina Faso, en 1991. Deux ans plus tard, étudiante au baccalauréat en sociologie, elle fonde, avec Steven Guilbault, Équiterre, organisme qui fait la promotion de choix écologiques, équitables et solidaires.

En 1997, âgée d’à peine 24 ans, elle publie l’essai Une cause café, qui a grandement contribué à faire connaître le commerce équitable au Québec. Avec les autres essais qu’elle a publié, Acheter, c’est voter et l’Envers de l’assiette, elle illustre comment nos choix de consommation ont des conséquences politiques, écologiques et humaines. Les essais de Laure Waridel, pour lesquels elle a reçu notamment le Prix du public du livre d’affaires HEC/La Presse et le Prix Consommation et société, et les chroniques qu’elle a livrées aussi bien dans les journaux qu’à la radio et à la télévision illustrent bien que, contrairement à ce que l’on pourrait penser, consommer n’est pas un acte purement individuel, mais bien un geste dont la portée collective est considérable.

Pendant ses études de maîtrise en environnement à l’Université de Victoria, Laure Waridel étudie la mondialisation, le développement durable et le commerce équitable.

En parallèle, elle poursuit son engagement au sein d’Équiterre et participe à la mise sur pieds de  campagnes de sensibilisation et d’action, comme Un Juste Café. La connaissance fine qu’elle a de la réalité des petits producteurs et le grand respect qu’elle leur porte s’ajoutent à un sens de la communication particulièrement remarquable pour donner à son message une très large portée.
Dans le cadre de ses études doctorales, Laure Waridel mène une recherche sur l’économie écologique et sociale au Québec à l’Institut des hautes études internationales et du développement de Genève. Parallèlement, elle est, depuis 2008, porte-parole de la Caisse d’économie solidaire Desjardins, principale institution financière pour l’économie sociale au Québec.

L’intérêt de Laure Waridel pour l’économie sociale est parfaitement cohérent avec les choix qu’elle a défendus dans ses essais sur la consommation responsable, car une entreprise d’économie sociale a pour finalité de servir ses membres ou la collectivité plutôt que de simplement engendrer des profits et de viser le rendement financier.

Ainsi, au sein de la Caisse d’économie solidaire Desjardins, Laure Waridel fait la promotion de l’investissement socialement responsable, comme le « Placement à rendement social », un dépôt à terme qui permet de financer des entreprises et des particuliers pour des projets qui ont une valeur sociale, écologique ou culturelle, comme des coopératives d’habitation, des initiatives d’insertion sur le marché du travail ou des projets culturels. Il ne s’agit pas là simplement d’une douce utopie sans lien avec notre réalité économique : l’apport de l’économie sociale dans le développement économique du Québec est déjà significatif puisqu’il représente environ 8 % de notre PIB.

En s’attachant à en faire la promotion, Laure Waridel met son talent de communicatrice au service d’une autre vision de l’économie qui repose sur des principes de solidarité et d’interdépendance économique.

Chercheure, militante, mère de deux jeunes enfants, Laure Waridel a déjà reçu de nombreux prix et distinctions. Le magazine Maclean’s reconnaissant en Laure Waridel l’une des « 25 young Canadians who are already changing our world ». Pour son engagement social et écologique, elle a été nommée au Cercle des Phénix de l’environnement du Québec et membre honorifique du Golden Key Honour Society à l’Université McGill, en plus d'être décorée Chevalier de l’Ordre de la Pléiade par l’Assemblée parlementaire de la Francophonie.

En 2011, Earth Day Canada lui a décerné le « Outstanding Commitment to the Environment Award » alors que l'Université du Québec à Rimouski lui remettait un doctorat honorifique.

En juin 2012, elle est nommée membre au sein de l’Ordre du Canada et, en septembre dernier, fellow du Centre d’études et de recherche de l’Université de Montréal, le CÉRIUM, rattaché à notre Faculté.
Laure Waridel a réussi à démontrer concrètement, à travers ses engagements, ses actions et ses essais que la société se transforme à force de choix individuels et collectifs. Elle apporte des pistes de solutions concrètes aux problèmes environnementaux, sociaux et économiques qu’elle soulève. Par dessus tout, elle sait susciter le goût de l’engagement et ce, peu importe la place que l’on occupe dans la société. Elle nous rappelle à juste titre qu’avant d’être des consommateurs ou des agents économiques, nous sommes d’abord et avant tout des citoyens, responsables les uns des autres.

C’est avec fierté que nous témoignons de notre haute considération à Mme Laure Waridel pour son engagement social et pour son parcours remarquable, sources d’inspiration pour tous les membres de notre Faculté.

Serge Jaumain

Texte hommage prononcé par M. Gérard Boismenu, doyen de la Faculté des arts et des sciences, lors de la cérémonie du 18 octobre 2013.

Nous avons l’honneur de décerner aujourd’hui cette distinction à M. le Professeur Serge Jaumain, historien, directeur du Centre d’études nord-américaines et vice-recteur à la politique européenne et aux relations internationales de l’Université Libre de Bruxelles.

Serge Jaumain a eu un premier contact avec le Canada en 1983, grâce à une bourse du gouvernement fédéral qui lui a permis de poursuivre ses études de maîtrise à l’Université d’Ottawa. Il y a préparé un mémoire en histoire comparée qui portait sur les colporteurs québécois et belges au XIXe siècle. Depuis cette première expérience, dont il dit volontiers qu’elle l’a comblé, il a gardé un attachement profond pour notre pays. Sa volonté d’établir des ponts entre notre bout d’Amérique et l’espace européen ne s’est jamais démentie.

De retour à Bruxelles, M. Jaumain prépare une thèse de doctorat qu’il soutient en 1992, avant d’être recruté comme professeur d’histoire contemporaine à la Faculté de Philosophie et Lettres de l’Université Libre de Bruxelles. Dès 1996, il prend la direction du Centre d’études canadiennes qui deviendra plus tard le Centre d’études nord-américaines. Ce centre s’est distingué par la qualité des colloques et séminaires internationaux qu’il a organisés et par la variété de ses publications. Tout particulièrement, la collection qu’il dirige « Études canadiennes », se signale par la richesse de ses travaux qui vont de l’analyse du roman québécois contemporain aux réflexions sur les politiques d’accommodements au Canada et dans l’Union européenne.

Serge Jaumain a su apporter un nouvel éclairage à l’historiographie par ses regards croisés sur la Belgique et le Québec. Au fil des ans, il a publié de très nombreux articles consacrés aux études canadiennes, notamment sur l’immigration belge au Canada, les représentations du Canada et de la Belgique dans la presse, le régime seigneurial, les récits de voyages. Il a contribué à la publication d’une dizaine de livres (dont Vivre en ville, Bruxelles et Montréal au XIXe siècle, paru en 2006). On pourrait encore citer le numéro spécial de la revue Études canadiennes, qui propose une perspective comparée sur les banlieues en Europe et au Canada. Dans le cadre de ses travaux, il a organisé des séries de conférences dans des universités européennes qui ont ouvert le circuit européen à plusieurs chercheurs canadiens. Tant des chercheurs chevronnés que des étudiants, encore à leurs premiers pas dans le monde de la recherche, lui en sont encore particulièrement reconnaissants.

Fort des liens qu’il a su tisser avec notre communauté universitaire, Serge Jaumain a été un des principaux artisans du développement international des études canadiennes, notamment à la présidence du Conseil international d’études canadiennes qu’il a assumée de 2001 à 2003. Pour cette contribution remarquable à l’avancement des connaissances et au développement des études canadiennes, il a d’ailleurs reçu, en 2005, le Prix international du Gouverneur général en études canadiennes

Depuis, son engagement à l’égard du Québec et du Canada n’a pas faibli. Le 23 mai 2012, Serge Jaumain était élu président de l’Association internationale des études québécoises. Cette association a pour mission de promouvoir et de développer les études québécoises au Canada et à l’étranger. Elle compte plus de 3 000 participants de 82 pays et associés à plus de 40 disciplines dont la littérature, la linguistique, l'histoire, la sociologie et la science politique.

Ses qualités d’organisateur et de facilitateur, mais avant tout, ses qualités humaines ont permis à Serge Jaumain de mettre en relation des chercheurs établis et des doctorants de partout dans le monde. Ces liens ont été scellés au sein même de notre Faculté avec des professeurs des départements d’Histoire et de Science politique, notamment. Ils ont donné lieu à des publications conjointes ou à la codirection d’étudiants en thèse dans le cadre de programmes de cotutelle. À travers la recherche, ce sont parfois même des liens d’amitié qui se sont ainsi tissés entre le professeur Jaumain et des membres de notre Faculté.

Serge Jaumain a par ailleurs joué un rôle déterminant dans la signature de l’entente entre l’Université de Montréal, l’Université libre de Bruxelles et l’Université de Genève qui a donné naissance au consortium G3. Avec lui, nous comptons bien faire de ce trio la référence francophone du monde universitaire.

Sur une note plus personnelle, tous ceux qui ont eu le plaisir de côtoyer Serge Jaumain notent ses qualités humaines et sa fidélité, aussi bien à l’égard de ses collègues que de ses étudiants. À travers les exigences de ses hautes fonctions de Vice-recteur à la politique européenne et aux relations internationales, le professeur Jaumain continue à consacrer temps et énergie à établir des liens solides entre l’Europe et le Canada. Il est de ceux qui donnent à l’expression « relations internationales » sa pleine mesure, humaine, politique et scientifique.

 

En lui remettant aujourd’hui l’Insigne du mérite de la Faculté des arts et des sciences, nous témoignons avec fierté notre haute considération à M. Serge Jaumain pour son parcours remarquable et pour sa riche collaboration avec notre Faculté.