Doctorat honoris causa 2013

Albert Fert

Texte hommage prononcé par Francis Gingras, secrétaire de la Faculté des arts et des sciences, lors de la cérémonie du 18 octobre 2013.

Albert Fert a contribué de manière exceptionnelle au développement de la physique avec des découvertes qui ont un impact majeur sur notre quotidien. Il lui revient d’avoir fait émerger un nouveau champ d’activités, la spintronique, une extension de la microélectronique qui exploite les propriétés magnétiques de l’électron, plus précisément son spin. La spintronique est notamment à l’origine des têtes de lecture magnétique qui sont utilisées aujourd’hui dans tous les disques durs. Cette nanoscience évolue vers des dispositifs hybrides associant des matériaux magnétiques à des semi-conducteurs ou des molécules pour permettre le développement de nouvelles applications dans le domaine de l'informatique et des télécommunications. Entre autres honneurs, ces avancées ont valu au professeur Fert le prix Nobel de physique en 2007.

Né à Carcassonne, dans le Sud de la France, en 1938, Albert Fert se rend à Paris pour entreprendre ses études universitaires à l’École Normale Supérieure où, comme dans notre Faculté des arts et des sciences, le futur physicien est en contact avec des étudiants de littérature, d’histoire ou de philosophie. De son propre aveu, ces années de formation dans ce cadre particulièrement enrichissant compte parmi les périodes les plus intenses de sa vie. Après six années passée dans le Quartier Latin et une année de service militaire, il prépare ensuite une thèse de doctorat d’état ès Sciences physiques à l’Université Paris-Sud Orsay, là même où il sera plus tard nommé professeur et où il dirigera le Laboratoire de physique des solides.

Dans ses travaux, M. Fert étudie comment le magnétisme de certains métaux, comme le fer et le nickel, influence leur résistance au passage d’un courant électrique. Jusqu’à ce qu’il se penche sur la question, on comprenait mal comment l’interaction entre le spin de l’électron et les moments magnétiques du métal en modifiait la résistance. Sa thèse complétée, Albert Fert poursuivra des travaux de recherche novateurs sur les matériaux magnétiques amorphes et les verres de spin ainsi que sur l’influence du couplage spin-orbite dans le transport électronique.

Vers 1985, il constate que les progrès technologiques récents permettent de fabriquer des matériaux constitués d’une superposition de métaux différents en les déposant atome par atome. Ainsi, afin de contrôler les effets qu’il avait mis en évidence quinze ans plus tôt dans sa thèse de doctorat, Albert Fert fabrique des multicouches de fer et de chrome dont les épaisseurs sont voisines du nanomètre et montre que, en appliquant un champ magnétique externe, la résistance de la structure change d’un facteur plus grand que deux! Il s’agit là d’un effet gigantesque qu’on appelle aujourd’hui « la magnétorésistance géante ». Son groupe de recherche collabore ensuite avec des chercheurs du groupe Thomson-CSF, aujourd’hui groupe Thales, collaboration à l’origine de l'Unité Mixte de Physique CNRS - Thales, fondée en 1995 et dont il est directeur scientifique. Cette équipe travaille sur de nouveaux types de mémoires électroniques et sur des dispositifs alliant électronique classique et spintronique.

Il existe peu de découvertes qui ont eu un impact aussi rapide et aussi profond sur la société que celles liées aux travaux du professeur Fert. La magnétorésistance géante permet en effet de décupler la capacité de stockage des disques durs. La découverte d’Albert Fert, qui est corroborée par les travaux menés à la même époque par Peter Grünberg, professeur de physique à l’Université de Cologne, est aujourd’hui mise en œuvre dans tous nos ordinateurs dont la capacité approche allègrement le téraoctet, soit mille milliards d’octets, permettant, par exemple, d’archiver l’équivalent d’environ 400 000 photos. Sans cette capacité de stocker toutes ces informations, le Web ne serait pas ce qu’il est et notre quotidien bien différent.

Albert Fert est auteur ou coauteur de plus de 360 publications scientifiques du plus haut calibre qui ont été citées près de 20 000 fois. Ses travaux lui ont valu de très nombreux honneurs et distinctions :

  • le Prix international pour les nouveaux matériaux de la Société américaine de physique,
  • le Prix sur le magnétisme de l’Union internationale pour la physique fondamentale et appliquée,
  • le Grand Prix Jean Ricard pour la physique de la Société française de physique en 1994,
  • la Médaille d’or du CNRS en 2003, 
  • le Prix Wolfe et
  • le Japan Prize en 2007.

Il est Grand Officier de l’Ordre du mérite, Commandeur dans l’ordre national de la Légion d’honneur et a été élu à l’Académie des sciences le 30 novembre 2004. Surtout, rappelons-le, il s’est vu décerner en 2007 le Prix Nobel de Physique, conjointement avec Peter Grünberg pour « leur découverte de la magnétorésistance géante ».

Albert Fert est un des grands innovateurs de notre époque. En lui conférant un Doctorat honoris causa, l’Université de Montréal tient à souligner l’envergure de son œuvre scientifique ainsi que l’impact profond qu’elle a eu sur le développement de la physique en particulier et de toutes les sciences en général. C’est avec fierté que le Département de physique et la Faculté des arts et des sciences s’associent à cette haute distinction.