Doctorat honoris causa 2018

Michèle Audette

Texte hommage prononcé par Christine Rothmayr, directrice du Département de science politique, lors de la cérémonie de collation des grades du 28 août 2018 à 19h.

Née d'un père québécois et d'une mère innue, Michèle Taïna Audette est originaire de la communauté innue de Mani Utenam au Québec.

Michèle Audette a contribué de manière exceptionnelle à la défense des droits des femmes autochtones au Canada. Par son engagement politique et social, elle joue, en effet, un rôle clé depuis les années 1990 dans la transformation des rapports entre les peuples autochtones et la société euro-descendante québécoise et canadienne, tout particulièrement en donnant de la visibilité aux enjeux politiques et sociaux qui touchent les femmes autochtones. Elle a revendiqué et continue de revendiquer avec succès des changements dans les politiques provinciales et fédérales pour lutter contre la discrimination, la violence envers les femmes autochtones et les inégalités sociales.

Michèle Audette est une battante. Dès ses études en arts visuels à l’Université du Québec à Montréal et en enseignement à l’Université Concordia, elle se fait connaître au début de l’âge adulte par sa détermination et sa prise de responsabilités dans le milieu associatif. En 1998, à 27 ans seulement, elle est élue présidente de l’Association des femmes autochtones du Québec, fonction qu’elle assumera jusqu’en 2004. Membre du Conseil du statut de la femme depuis 2001, elle est nommée sous-ministre chargée du Secrétariat à la condition féminine du Québec en 2004. Pendant son mandat qui prend fin en 2007, elle voit à la mise en place d’une politique pour contrer la violence envers les femmes, spécifiquement adaptée à la situation des femmes autochtones.

De nouveau élue présidente de l’Association des femmes autochtones du Québec, elle se voit ensuite confier des responsabilités à l’échelle nationale comme présidente de l’Association des femmes autochtones du Canada, où elle demeurera pendant plus de deux ans. C’est dans ce cadre qu’elle participe au mouvement militant Idle No More, et joue un rôle de premier plan dans les efforts pour documenter et inscrire la question des femmes autochtones disparues ou assassinées au centre des préoccupations politiques du pays. Déçue de l’inaction du gouvernement canadien, elle se lance en politique et se présente aux élections fédérales de 2015 sous la bannière libérale. Malgré sa défaite électorale, elle continue de faire pression sur les autorités gouvernementales pour qu’elles donnent suite aux revendications pour la tenue d’une enquête nationale sur les disparitions de femmes autochtones.

En 2015, Michèle Audette répond à l’invitation de l’École nationale d’administration publique pour l’aider dans la création d’un programme innovateur de deuxième cycle en matière d’administration publique autochtone. L’année suivante, elle est nommée parmi les cinq commissaires du ministère des Affaires autochtones et du Nord du Canada chargés de mener à bien l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, un poste qu’elle occupe toujours.

Michèle Audette a grandi dans un milieu engagé au confluent de deux cultures, dont elle est la fière représentante. Très tôt elle a compris le sens d’une double discrimination, en tant que femme et autochtone, en poursuivant l’engagement de sa mère contre les discriminations auxquelles font face les femmes autochtones. Michelle Audette s’est aussi fait remarquer pour son travail de contestation de la Loi fédérale sur les Indiens, de même que pour son offensive contre certaines dispositions de la loi C-31, relatives au statut des femmes autochtones mariées à un Blanc et à celui de leurs enfants. Elle est l’initiatrice de la marche Amun de 500 km, entre les villes de Québec et d’Ottawa, qui a mené à des changements législatifs importants quant aux droits des femmes et des enfants autochtones. Pour cette mère choyée de cinq enfants, créer un meilleur avenir pour les enfants autochtones est une cause qui lui tient particulièrement à cœur.

Au fil des ans, l’importante contribution de Michèle Audette a été soulignée par plusieurs prix, notamment le Prix Femme de mérite 2018 dans la catégorie Inspiration, de la Fondation Y des femmes de Montréal, le titre Femme de l’année 2014 du Conseil des femmes de Montréal et la Médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II en 2012.

Michèle Audette participe toujours avec autant de conviction à la conversation démocratique et poursuit avec détermination son engagement pour la reconnaissance des injustices et la réalisation d’une société plus inclusive et plus juste pour les femmes autochtones.

Nous avons beaucoup à apprendre de femmes comme Michèle Audette. Les nations autochtones ont longtemps été les oubliées de l’histoire. Les femmes autochtones en particulier continuent aujourd’hui à vivre les séquelles des politiques coloniales discriminatoires. Ce sont souvent les femmes qui portent sur leurs épaules ce passé, mais aussi l’avenir de leurs communautés. Pour comprendre, et pour changer les choses, il est essentiel de les écouter. Par son engagement, Michèle Audette est l’une de ces porteuses de changement. Mieux que quiconque, elle parvient à créer des ponts entre deux mondes qui ont souvent de la difficulté à se comprendre. Son travail et son engagement sont au cœur des efforts actuels de réconciliation. Michèle Audette est, pour nous, pour nos étudiantes et nos étudiants, pour l’Université de Montréal, une femme inspirante.

En lui conférant un doctorat honoris causa, l’Université de Montréal tient à souligner l’envergure de son engagement pour les causes des femmes autochtones, le rôle crucial qu’elle a joué dans la mobilisation pour la tenue d’une commission d’enquête nationale sur les femmes autochtones disparues ou assassinées et son inépuisable travail pour la réconciliation entre les peuples.

C’est donc avec grande fierté que le Département de science politique et la Faculté des arts et des sciences s’associent à la remise de ce doctorat honoris causa à Michèle Audette.